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Le 10 août, c'est la Journée Mondiale de la Paresse !

Les tâches que vous repoussez sont les plus mécaniques de votre semaine, et ce sont les premières à automatiser.

Didier Sampaolo Didier Sampaolo 5 min de lecture
Journée mondiale de la paresse : automatiser les tâches répétitives
Sommaire
En résumé :
  • La journée mondiale de la paresse tombe le 10 août.
  • La charge de travail mesure des gestes, pas de la valeur.
  • Ce que vous repoussez suit toujours les mêmes règles.
  • Les tâches mécaniques sont vos premières candidates à l'automatisation.

Le 10 août, c'est la journée mondiale de la paresse. La fête n'a rien d'officiel. Elle est née en 1984 à Itagüí, en Colombie, dans une ville qui prospérait alors dans le commerce et l'industrie. L'idée vient d'un de ses habitants, Carlos Mario Montoya : célébrer la vitalité économique, et apprendre à ralentir. Aujourd'hui encore, les habitants sortent matelas et hamacs dans la rue (Africanews).

Une ville au sommet de sa croissance qui institue le droit de ne rien faire. Pendant ce temps, dans nos bureaux, 58 % de la journée de travail part dans la coordination. Réunions de statut, recherche d'information, allers-retours entre logiciels. Le chiffre vient de l'Anatomy of Work Global Index d'Asana, mené auprès de 9 615 professionnels dans six pays dont la France.

La flemme mérite mieux que sa réputation. Et si elle était un instrument de mesure ?

Être chargé n'a jamais rien prouvé

Vous arrivez le premier. Vous validez les devis, vous relancez les impayés, vous recopiez les mêmes informations d'un logiciel vers l'autre. Vous servez de passerelle entre les outils et entre les gens. Votre agenda est plein, et cette densité vous rassure.

Au démarrage d'une entreprise, cette organisation se tient. Il n'y a personne d'autre. Le dirigeant porte tout parce que la fiabilité passe par lui.

Le problème arrive ensuite. L'habitude se transforme en signe extérieur de sérieux. Paul Lafargue le notait déjà en 1880 dans Le Droit à la paresse : les moralistes de son époque avaient sanctifié le travail, sans regarder ce qu'il produisait. Il proposait de le limiter à trois heures par jour, en s'appuyant sur la puissance des machines de son siècle. La morale a survécu. Les machines, elles, ont changé.

Le symptôme se repère facilement. Votre journée est pleine et vos sujets importants reculent. Vous traitez la stratégie le soir, quand plus personne ne vous interrompt.

La charge mesure une quantité de gestes. Elle ne mesure pas une quantité de valeur.

La flemme signale une friction, pas un manque de volonté

Regardez ce que vous repoussez. Une étude menée en juin 2026 auprès de 2 088 Français place les démarches administratives en deuxième position des activités les plus reportées, à 25 %, juste derrière les tâches ménagères. Dans le même temps, 73 % des répondants jugent la flemme parfois ou souvent bénéfique.

Personne ne repousse un rendez-vous client stimulant. On repousse le formulaire, la saisie, la relance. Ces tâches partagent un point commun. Elles suivent toujours les mêmes étapes et ne demandent aucun jugement.

Dans notre jargon, ces heures s'appellent le work about work, le travail à propos du travail. Asana le chiffre à 58 % de la journée, soit environ 23 heures sur une semaine de 40. Ce ne sont pas des heures de paresse. Ce sont des heures de coordination et de manipulation.

Ce que vous croyez gagner en fiabilité en faisant vous-même, vous le payez en attention. Le geste répétitif consomme une ressource que vous ne récupérez nulle part ailleurs.

Les développeurs ont tranché cette question il y a trente ans. Larry Wall, créateur du langage Perl, a fait de la paresse la première vertu du programmeur. Il la définit comme la qualité qui pousse à fournir de gros efforts pour réduire la dépense d'énergie globale. Un métier entier a bâti sa culture sur ce réflexe : si je le fais deux fois, j'écris le programme qui le fera à ma place.

La tâche que vous repoussez pour la troisième fois vous offre un diagnostic gratuit.

Ce que vous repoussez désigne votre première automatisation

Le principe se résume en une phrase. La flemme se déclenche sur les tâches mécaniques, et les tâches mécaniques sont les meilleures candidates à l'automatisation.

Reste à la transformer en méthode. Elle tient en trois temps.

Notez pendant une semaine ce que vous reportez, sans vous juger. La tâche, sa durée, le nombre de fois où vous l'avez repoussée. Demandez la même chose à votre équipe. Vous obtenez une cartographie que personne ne vous aurait donnée en réunion.

Filtrez ensuite sur trois critères. La tâche revient à intervalles réguliers. Elle suit toujours les mêmes étapes. Elle ne demande aucun arbitrage humain. Les trois réunis, vous tenez un candidat.

Chiffrez enfin. Multipliez la durée par la fréquence annuelle. Cinq minutes de saisie, vingt fois par semaine, font quatre-vingts heures par an. Et commencez par la tâche la plus pénible, pas par la plus longue. Le premier chantier doit produire un soulagement visible, sinon personne ne demandera le suivant.

Une réserve honnête pour finir. Le processus doit être stable et décrit. On n'automatise pas le chaos, on le duplique à grande vitesse. Une tâche dont les règles changent tous les mois n'est pas prête, et un audit sérieux commence toujours par cette vérification.

Le droit à la paresse se construit

Le périmètre de ce qui s'automatise s'élargit. Le tri, l'extraction de données, la rédaction répétitive sortent aujourd'hui du domaine réservé à l'humain. Des tâches qu'on jugeait irréductibles il y a trois ans se traitent désormais par un assistant correctement cadré.

Deux voies s'ouvrent donc. Garder ces heures dans les gestes, ou les déplacer vers ce qui demande un jugement. Le choix se pose maintenant, tâche par tâche, sans grand plan de transformation.

Commencez petit. Aujourd'hui, notez la première chose que vous repoussez pour la troisième fois.

Itagüí a compris quelque chose en 1984, au sommet de sa croissance. Le droit à la paresse ne se décrète pas un 10 août. Il se construit le reste de l'année.

Didier Sampaolo
Didier Sampaolo

Fondateur / Directeur technique